Ç Il ne faut plus quĠune science soit ouverte ou fermŽe È

 

Entretien pour la revue Rue Descartes

Jean-Marie LŽvy-Leblon interroge Bruno Latour

 

JMLL : Vous avez une formation de philosophe, et vous tes intŽressŽ ˆ la science. Pourquoi donc nĠavez-vous pas ŽtŽ conduit vers la philosophie des sciences stricto sensu ?

 

BL : Je ne suis pas sžr de pouvoir dire que j'ai jamais eu un intŽrt pour la science en tant que telle. Je n'ai jamais ŽtŽ tentŽ par une carrire scientifique. Il y avait assez de polytechniciens dans la famille ! Les sciences m'ont intŽressŽ ds le dŽbut, si vous voulez, comme une Žnigme anthropologique. D'abord, j'ai fait un assez long dŽtour avant d'y arriver. La philosophie des sciences enseignŽe ˆ l'Žpoque en fac, je vous parle des annŽes 60 et de Dijon, ne m'a jamais paru trs sŽrieuse. J'y sentais trop de dŽfense, trop de violence aussi : visiblement on visait tout autre chose. Quand je lisais Bachelard, La formation de l'esprit scientifique, je sentais obscurŽment que tout Žtait faux lˆ dedans, faux anthropologiquement, que la dŽraison ne pouvait pas prŽcŽder la raison de cette manire. Disons, je me mŽfiais. C'est pourquoi, ds que je me suis retrouvŽ ˆ Abidjan, ˆ l'orstom d'abord, ˆ l'universitŽ ensuite Ñ en Droit, bizarrement ! Ñ j'ai tout de suite sautŽ sur l'occasion d'Žtudier la question de la raison et de la dŽraison en action, si je peux dire. Et j'ai senti tout de suite que cela ne collait pas, que tout ce que l'on Žcrivait sur la ÒmentalitŽ africaineÓ, sur Òla rationalitŽ occidentaleÓ, sur le Òcapitalisme colonialÓ, tout cela supposait, par contraste, une dŽfinition de l'activitŽ scientifique qui n'avait en fait jamais ŽtŽ examinŽe sŽrieusement, en utilisant les mmes mŽthodes ethnographiques ˆ la fois sur les sujets considŽrŽs comme ÒrationnelsÓ et sur ceux considŽrŽs comme ÒirrationnelsÓ. Comme jĠavais ˆ portŽe de main, ˆ lĠorstom, dĠexcellents collgues qui appliquaient dĠexcellentes mŽthodes en ethnographie, gŽographie, culture matŽrielle, etc., cĠŽtait assez facile de se demander : que deviendraient tous les arguments sur la coupure raison/dŽraison si on les Žtudiait avec ces mmes mŽthodes empiriques ? Parler dĠesprit scientifique et dĠesprit prŽscientifique, cĠest un peu plus difficile si lĠon fait lĠŽtude ethnographique comparative de ces deux ÒespritsÓ ˆ la fois. Ë peine arrivŽ, je me souviens trs bien, peut tre un mois aprs mon premier terrain, je me suis dit Ñ j'en ai encore la trace dans mes carnets Ñ, il faut faire l'anthropologie des sciences, et la faire de faon symŽtrique, c'est ˆ dire occuper exactement la faille que La formation de l'esprit scientifique avivait. Et ce projet, inventŽ d'un coup, ne menait pas, c'est une litote , ˆ la philosophie des sciences ; il ne menait pas non plus ˆ Òla scienceÓ, mais ˆ tout un ensemble de conditions matŽrielles, culturelles, sociales, psychologiques, nŽcessaires ˆ la gense et au dŽveloppement de ce fameux Òesprit scientifiqueÓ. Toute cette vascularisation, si vous voulez, nŽcessaire ˆ lĠexistence savante, on ne mĠen avait jamais parlŽ dans mes Žtudes, on nĠen parlait pas plus que du sexe dans lĠAngleterre victorienne : les faits scientifiques naissaient dans des choux. JĠai ŽtŽ rapidement dŽniaisŽ, si je peux dire, en Californie, ˆ mon arrivŽe au Salk Institute, invitŽ par Roger Guillemin, avec une bourse Fulbright (Guillemin, futur Prix Nobel avait eu mon cher oncle abbŽ comme confesseur quand il Žtait enfant... vous voyez, c'est une connection bourguignonne et clŽricale). Mais bon, le projet ds le dŽbut a ŽtŽ : pas d'ŽpistŽmologie, des mŽthodes ethnographiques, une approche symŽtrique Ñ la science et tout ce qui lui permet d'exister.

 

JMLL : Une approche Ç symŽtrique È, d”tes-vous. Mais symŽtrie entre quoi et quoi ? QuĠest-ce donc qui occuperait la position symŽtrique de celle de la science ?

 

BL : Ah ! cĠest le physicien qui parle et symŽtrique doit avoir un sens prŽcis bien sžr : dŽsigner ce qui reste invariant au cours dĠune transformation, par exemple lors dĠun dŽplacement spatial. Eh bien, ce qui reste invariant dans ma perspective, cĠest dĠabord la mŽthode ethnographique elle-mme, inchangŽe dans le dŽplacement dĠAbidjan en Californie, malgrŽ la transformation complte de sociŽtŽ, de niveau Žconomique, etc. Souvenez-vous quĠˆ lĠŽpoque il nĠy avait pratiquement pas dĠanthropologie du monde moderne. Ce que lĠon appelait ainsi, cĠŽtait lĠŽtude par des ethnologues ou folkloristes des aspects les plus marginaux des sociŽtŽs industrielles : les marchŽs, les festivals, les danses populaires, la sorcellerie, mais jamais le centre de nos sociŽtŽs : la science, la technique, lĠadministration, le droit, lĠŽconomie marchande etc. Donc symŽtrique veut dire dĠabord : si vous, anthropologues, Žtudiez le centre des sociŽtŽs tropicales Ñ la religion, lĠŽconomie, la mythologie, la formation des personnes, etc. Ñ alors, quand vous appliquez vos mŽthodes aux sociŽtŽs industrielles, il faut faire de mme Žtudier leurs parties les plus dures et les plus durables : les faits et thŽories scientifiques, les innovations techniques, etc. Mais ensuite, symŽtrique veut dire autre chose de beaucoup plus difficile Ñ je mĠen suis aperu bien aprs en Žcrivant Nous nĠavons jamais ŽtŽ modernes : ce qui est maintenu constant ˆ travers le dŽplacement Abidjan-San Diego cĠest la production dĠun monde, dĠun cosmos, dĠune cosmopolitique pour utiliser le terme dĠIsabelle Stengers. Je vous retraduis lˆ ce que  je pense maintenant de mon approche ; ˆ lĠŽpoque cĠŽtait, bien sžr, un simple principe mŽthodologique : je me souviens de la surprise de mes ÒinformateursÓ neurobiobologistes quand je leur ait Žcrit un mŽmo pour me prŽsenter en leur annonant firement Ç Voilˆ, je suis Bruno Latour, je viens vous Žtudier comme des Indiens È. Ce qui Žtait idiot, bien sžr, car plus personne dŽjˆ en anthropologie nĠŽtudiait les Indiens Ç comme des Indiens ÈÉ Mais enfin, jĠai fait ensuite quelques progrs de mŽthode et surtout de prŽsentation ! Ce qui est sžr, cĠest que le principe dĠune Žtude symŽtrique mĠa dŽbarrassŽ tout de suite de Ç lĠesprit scientifique ou prŽscientifique È : on mĠavait prŽtendu que les Žlves africains Ç ne voyaient pas en trois dimension ˆ cause de la mentalitŽ africaine È ; on mĠavait prŽtendu que les scientifiques Ç sĠarrachaient ˆ leurs prŽjugŽs par un effort quotidien de destruction systŽmatique de leurs Òobstacles ŽpistŽmologiquesÓ È. Tout cela Žtait pure fantasmagorie : il y avait des diffŽrences tellement plus frappantes entre les deux univers, les objets auxquels ils appliquaient leur attention, les lieux o ils se trouvaient, que lĠon pouvait compter la diffŽrence entre les ÒespritsÓ comme la plus marginale. Tout cela est maintenant Žvident, mais, je vous le rappelle, ne lĠŽtait pas il y a trente ans. Sur la science rŽgnait Ñ en France du moins Ñ, lĠŽpistŽmologie, quant ˆ lĠanthropologie, elle faisait une consommation ahurissante de ÒmentalitŽÓ, ÒdĠespritÓ, de Òconception du mondeÓ, de ÒsymbolismeÓ etc. Un sain matŽrialisme appliquŽ des deux Òc™tŽsÓ avec une certaine impertinence juvŽnile avait de grandes vertus. Bon, je nĠallais pas faire cela tout le temps : je me suis vite aperu que jĠallais, de fil en aiguille tre menŽ ˆ bien dĠautres choses, car la science tenait ˆ toutÉ

 

JMLL : Mais justement, ce Ç tout È, Ç tout ce qui permet ˆ la science dĠexister È comme vous disiez, ne serait-ce pas justement tout, je veux dire toutes les instances de la vie sociale, auquel cas le risque serait celui de trop embrasser et de mal Žtreindre ?

 

BL : Mais ce nĠest pas le directeur de la collection Science ouverte qui peut me reprocher cela ?! Combien dĠautres choses doivent tre en place pour quĠune activitŽ scientifique existe, voilˆ une question empirique quĠaucun diktat ne doit a priori limiter. Trente ans aprs, je nĠai toujours pas la rŽponse ˆ cette question, car lĠenqute sur les conditions dĠexistence des sciences mne ˆ tout, en effet, et ce nĠest pas ma faute, cĠest la faute de lĠobjet ŽtudiŽ, dĠune part et, dĠautre part, du fait que les modernistes ont liŽ le sort de la plupart des autres activitŽs aux sciences, ou, du moins ˆ une certaine conception de la Science, avec un grand esse. CĠest trs exactement ce qui mĠest arrivŽ : en suivant ˆ la trace, comme le Petit Poucet ses cailloux, ce qui Žtait nŽcessaire pour une activitŽ savante, jĠai ŽtŽ conduit, depuis, dans un nombre vraiment Žtonnant de lieux. JusquĠau Conseil dĠƒtat ! Mais la question reste toujours ouverte ; comme vous le savez bien, lĠhistoire des sciences est maintenant mlŽe de mille faons ˆ lĠhistoire politique, ˆ lĠhistoire administrative, ˆ lĠhistoire religieuse, ˆ lĠhistoire Žconomique, ˆ la mŽtaphysique, bien sžr, ˆ lĠhistoire du droit, ˆ la psychologie, ˆ lĠhistoire des sensibilitŽs, du corps, de la subjectivitŽ, Ce quĠest devenu lĠhistoire des sciences en trente ans, cĠest vraiment extraordinaire, cĠest lĠune des aventures intellectuelles les plus excitantes de la fin  du sicle passŽ. Les science studies ont compltement transformŽ la vieille ŽpistŽmologie : lĠŽtymologie des deux termes est la mme, en anglais ou en grec, mais les rŽsultats sont mŽconnaissables ! Malheureusement, les universitaires franais en sont presque totalement privŽs, car malgrŽ le travail incroyable de Dominique Pestre au Centre KoyrŽ, et plus rŽcemment de Ian Hacking au Collge de France, les esprits restent bloquŽs sur ce que jĠappelle le national-rationalisme dont Durkheim a donnŽ en 1914 une expression fulgurante dans son cours sur les pragmatistes, et qui nĠa pas bougŽ dĠun iota depuis prs de 100 ans : si la France, dit-il, devait un jour changer sa conception rationaliste de la science, elle dispara”trait ! Quel pays a jamais construit son idŽe nationale sur une telle conception ? Voilˆ le grand sujet anthropologique que jĠaimerais aborder : Ç la France, fille a”nŽe de la Science È. Donc, qui trop embrasse, mal Žtreint, soit, mais je ne vois pas quel principe me dirait dĠavance : Ç La Science se trouve lˆ, dans les thŽories, ou lˆ, au laboratoire, ou lˆ, ˆ lĠinserm, et pas du tout lˆ o vous la cherchez È. Encore une fois, cĠest une question empirique : on ira aussi loin quĠil le faut et cela prendra le temps quĠil fautÉ

 

JMLL : Quelle est, dĠaprs vous, lĠorigine de cette Òexception franaiseÓ ? CĠest une bonne occasion de montrer la nŽcessitŽ de recourir Ç ˆ lĠhistoire politique, ˆ lĠhistoire administrative, ˆ lĠhistoire religieuse, ˆ lĠhistoire Žconomique, ˆ la mŽtaphysique, bien sžr, ˆ lĠhistoire du droit, ˆ la psychologie, ˆ lĠhistoire des sensibilitŽs, du corps, de la subjectivitŽ È, nĠest-ce pas ?

 

BL4 : Il faudrait pour rŽpondre ˆ cette question un travail considŽrable en histoire comparŽe des sciences, en poursuivant et synthŽtisant les Žtudes de Christian Licoppe, de Peter Dear, de Dominique Pestre, de Ilana Lowy, de Jean-Paul Gaudillre, et bien dĠautres plus jeunes. Il faudrait aller revisiter la mobilisation des savants par la RŽvolution, ou plut™t par les rŽvolutions successives, sĠintŽresser au positivisme juridique, aller Žtudier lĠenseignement des corps Ñ je suis bien placŽ pour le savoir aux Mines ! Ñ , lĠhistoire de ce quĠon appelle trop vite la technocratie, le r™le de la gŽographie, revisiter Descartes bien sžr, sĠintŽresser ˆ la tradition, ou plut™t aux traditions dĠextrme-gauche. LĠexception, je pense mais cĠest trs hypothŽtique et je le dis de faon trop lapidaire, tient ˆ ce que Durkheim a parfaitement vu en critiquant les pragmatistes amŽricains : lĠŽpistŽmologie offre un modle de rŽsolution des conflits politiques unique aux franais. Il doit exister un moment o, en Science, toujours avec un grand esse, quelles ques soient les conditions matŽrielles, les influences, les intuitions, les passions, les fausses pistes, Žmergent lĠobjectivitŽ, la rationalitŽ, et celles-ci nĠont plus de liens avec leurs conditions de production, plus aucun lien : elle sont transcendantes. Lisez Canguilhem, Bachelard, lisez Descartes. De mme, paralllement, en politique, il y a une fonction, un travail que lĠƒtat, lĠƒtat franais, est le seul ˆ pouvoir, ˆ savoir faire : quels que soient les intŽrts, les passions, les lobbies, les influences, Žmergent, radicalement, sans lien et sans origine, la raison, le bien commun, la volontŽ gŽnŽrale. Dans les deux cas, il existe un lieu de total mŽtamorphose, de transubstantiation constamment rŽpŽtŽ o se joue, dĠaprs moi, lĠidentitŽ franaise Ñ en trs mauvais Žtat bien sžr en ce moment. Il nĠy a pas un lien aussi profond entre la conception de la  science et la conception de lĠƒtat ni en Allemage Ñ malgrŽ Hegel Ñ, ni en Italie, ni en Angleterre, ni en AmŽrique, ni en Hollande : en France, si. SĠil nĠexiste pas un moyen radical dĠŽchapper ˆ la composition relative des influences, des conditions, des circonstances, des rapports de force, alors il nĠy a pas de raison, pas dĠƒtat, pas de raison de lĠƒtat, si vous voulez. Ce qui est bien sžr liŽ ˆ la notion franaise dĠuniversalitŽ qui est ˆ la fois scientifique et politique, cĠest cela que jĠappelle le national-rationalisme.  On ne met pas fin aux conflits par lĠarrangement, le compromis, la composition, la nŽgociation. CĠest pourquoi lĠŽpistŽmologie comme thŽorie de la science dŽtachŽe de ses conditions de production joue un r™le si important Ñ mme si jĠai un peu tendance ˆ lĠexagŽrer, je le sais bien.

 

JMLL : Revenons, si vous le voulez bien, au plan philosophique. Que lĠŽpistŽmologie, au sens traditionnel, soit largement insuffisante pour permettre de comprendre ce quĠest la science, soit. Mais la nŽcessitŽ, ou, mieux, lĠintŽrt dĠexaminer ce quĠelle dit, dĠŽvaluer sa production conceptuelle en tant que telle en est-elle pour autant disqualifiŽe ?

 

BL : Mais qui la disqualifie ? Cela ramne exactement au point que je faisais valoir prŽcŽdemment. Il nĠy a que les ŽpistŽmologues pour croire quĠil y a lˆ un choix douloureux : ou bien la production conceptuelle, ou bien la vascularisation complexe de la pratique scientifique. CĠest ce choix mme, ce dŽcoupage, que je conteste. Prenez le livre de Peter Galison, Image and Logic, est-ce que vous nĠapprenez pas beaucoup de choses sur les procŽdures de calcul de Monte-Carlo ? Prenez le livre de Andrew Pickering, sur le Mangle of Practice, un titre bizarre dĠaccord, mais les quaternions sont bien lˆ. Prenez encore le livre de Norton Wise sur Lord Kelvin : vous avez lĠAngleterre dĠaccord, et mme lĠEmpire Britannique, mais est-ce que manquent les dŽcouvertes de Kelvin ? Non, au contraire, il y a mme toutes celles dont on ne parle jamais. Et Hacking, dont le dernier livre vient de para”tre en franais (ainsi dĠailleurs que lĠun de ses anciens livres sur lĠorigine des sciences du hasard) : est-ce quĠil manque un bouton de gutre aux armŽes conceptuelles ? CĠest exactement mon argument : les Franais sont tellement habituŽs ˆ ce quĠon leur serve les concepts scientifiques sur un plat rond et dorŽ, que si on les leur sert dans une assiette carrŽe, plantureuse, ils font les dŽgožtŽs et sĠŽcrient quĠon Ç disqualifie la dimension cognitive des sciences ÈÉ  Mais cĠest un problme de style dŽmonstratif, de vtement, comme dans le Petit Prince quand le physicien turc doit refaire sa dŽmo en complet veston parce que, en turban, cela ne faisait pas scientifique. Le plus incroyable dans cette critique inlassablement reprise, cĠest que cĠest nous qui avons, depuis 30 ans, inventŽ de toutes pices un vaste sous-domaine sur la rhŽtorique, la sŽmiotique, la symbolique, la gestuelle mme des diffŽrentes sciences Ñ regardez les travaux de Steven Shapin sur lĠhomme vŽridique, de Lorraine Daston sur lĠattention, de Simon Schaffer  sur lĠŽcriture factuelle et bien dĠautres. Ce que Ç dit la science È, comment elle parle, comment elle fait parler le monde, comment elle construit les instruments, rŽdige les articles, affiche des posters, travaille des Žquations, construit des modles, mais cĠest nous qui en parlons au contraire ! Tout cela nĠavait absolument pas droit de citŽ, mme sĠil a toujours existŽ bien sžr des ŽpistŽmologies dissidentes, comme celle de Pierre Duhem ou de Franois Dagognet. Avoir mis la question de la parole scientifique au centre, voilˆ vraiment lĠun des rŽsultats majeurs des science studies.

 

JMLL : Ë propos, une question incidente : cela ne vous gne-t-il pas de toujousr devoir parler de science studies, en anglais ? Est-il vraiment impossible de trouver une traduction ?

 Si bien sžr cela me gne, mais si je traduis en Grec cela donne ŽpistŽmologie qui en est presque lĠinverse, si je parle dĠanthropologie des sciences, chacun sort son pistolet, si je choisis histoire sociale des sciences, personne nĠest plus dĠaccord, moi y compris ! puisquĠil ne sĠagit pas dĠhistoire socialeÉ Je nĠai toujours pas rŽsolu ce problme de dŽnomination. CĠest f‰cheux, je le reconnaisÉ

 

 

JMLL : Vous-mme, en quoi avez-vous contribuŽ ˆ lĠŽtude de la dimension conceptuelle des sciences ?

 

BL : Moi, par incompŽtence, par ignorance aussi, je ne me suis pas colletŽ ˆ des sujets trs difficiles : les microbes, les neurotransmetteurs, les techniques de transport, cela mĠa suffi Ñ et de toutes faons je nĠai rien rencontrŽ de plus dur que le droit administratif franais ! Mais lˆ encore, ce que je considre comme ma contribution principale, proprement dĠhistoire des sciences, a a ŽtŽ de dŽmolir compltement la thse de lĠexplication sociale, externaliste, subjective, symbolique des sciences pour mĠintŽresser justement au contenu des sciences biologiques ! DĠaccord, ce contenu ne ressemble pas aux fameux concepts de la tradition, mais en tous cas ce sont des acteurs, des Ç actants È dans mon jargon, qui obligent ˆ une totale rŽvision de lĠontologie, de la mŽtaphysique. Dans Pasteur et ses microbes, je vous le fais remarquer, ce sont les microbes qui mĠintŽressent avant tout, comme tres, comme objets, pas comme concepts, pas comme idŽes dans la tte de Pasteur. Je crois que la grande erreur des ŽpistŽmologues, a a ŽtŽ de croire que la philosophie des sciences se limitait ˆ la thŽorie de la connaissance : comment peut-on tre absolument sžr de conna”tre objectivement quelque chose ? Pas de chance, cĠest la question la moins importante pour comprendre les sciences. LĠactivitŽ scientifique ne pose pas de questions difficiles concernant lĠobjectivitŽ : cĠest une Žvidence que les scientifiques produisent de lĠobjectivitŽ, cela ne demande pas plus que quelques minutes dĠobservation ; dĠailleurs, ils sont payŽs, organisŽs, agencŽs, formŽs pour cela ! Parfait, passons ˆ autre chose : par exemple ˆ ce quĠils font. Leurs objets sont Žtranges, compliquŽs, originaux, prolifŽrants. Quand on prononce le mot dĠobjectivitŽ, on tourne le regard dans la mauvaise direction, vers le mental, le cognitif, le savant : mais cĠest vers les objets quĠil faut tourner le regard ! LĠobjectivitŽ, cĠest une propriŽtŽ des objets eux-mmes, pas de lĠesprit connaissant. Et cĠest ˆ ces objets que je me suis intŽressŽ. Alors vous pouvez dire, oui, mais ce nĠest pas lˆ la Ç dimension cognitive È des sciences, moi je vous rŽpondrais que les questions philosophiques difficiles posŽes par les sciences nĠont rien ˆ voir avec la connaissance et tout avec la mŽtaphysique. Je suis en cela le disciple de Whitehead Ñ ou plut™t du Whitehead dĠIsabelle Stengers Ñ et pas de Kant ou de Wittgenstein.

 

JMLL : Il me semble que vous abandonnez trop vite le terrain de lĠaffrontement. Que les scientifiques Ç produisent de lĠobjectivitŽ È, et que Ç cela ne demande mme pas une minute dĠobservation È, soit. Mais vous le d”tes bien : de lĠobjectivitŽ, et non pas lĠobjectivitŽ unique et universelle, fantasme de la science traditionnelle. De fait, la forme (et donc le fond) des connaissances produites ne cesse de changer, et je ne me place pas ici dans le cadre de la notion kuhnienne, au demeurant bien sommaire ˆ mon avis, de Ç paradigme È et du dŽbat sur lĠincommensurabilitŽ. Ce qui mĠintŽresse est que, dans le cadre mme dĠune thŽorie dominante (la relativitŽ ou la quantique, par exemple), la terminologie, la conceptualisation implicite, la nature des problmes jugŽs Ç intŽressants È, Žvoluent, avec les pratiques instrumentales et sociales ; sur ce point nous sommes bien dĠaccord. Ds lors, la question de savoir est lĠobjectivitŽ (si lĠon tient ˆ garder le mot Ñ mais cĠest vous qui lĠavez introduit !) ne peut tre ŽvitŽe. Par exemple : le dŽbat autour de lĠaffaire Sokal est en grande partie faussŽ parce que ni ceux qui utilisent de faon mŽtaphorique une idŽe comme celle du prŽtendu Òprincipe dĠincertitude de HeisenbergÓ, ni la plupart des physiciens, ne voient que cet ŽnoncŽ est dŽsormais caduc, au sein mme du paradigme quĠil a incarnŽ jadis. La question que je posais quant ˆ lĠŽvaluation conceptuelle de la science visait la nŽcessitŽ dĠune Žvaluation critique.

Et, excusez-moi, mais dans les ouvrages que vous avez citŽs, je ne vois gure cette critique ˆ lĠÏuvre. Au contraire : les ŽnoncŽs scientifiques sont pour lĠessentiel pris au pied de la lettre, et leur gense ŽtudiŽe et explicitŽe, mais leur validitŽ rarement questionnŽe. Autrement dit encore : Ç cĠest vers les objets quĠil faut tourner le regard È, dites-vous. Certes, mais vous savez mieux que personne que ces objets ne sont pas donnŽs une fois pour toutes, quĠils sont matŽriellement et intellectuellement construits : nos microbes ne sont plus ceux de Pasteur, nos atomes plus ceux de Perrin. Ces objets sont Ç Žtranges, compliquŽs, originaux, prolifŽrants È, oui, mais les idŽes qui les accompagnent et les sous-tendent le sont-elles moins ? NĠy a-t-il donc pas place pour un travail ŽpistŽmologique, sinon pour une discipline autonome ?

 

BL : JĠavoue que je ne sais pas trop comment rŽpondre parce que, au fond, je suis assez dĠaccord avec vous. Je nĠai pas peur de lĠaffrontement ; simplement, toute cette question de la normativitŽ et de la critique interne ou externe des sciences sĠest compltement dŽplacŽe depuis trente ans Ñ depuis ce livre (Auto)critique de la science, que vous aviez ŽditŽ avec Alain Jaubert, et qui date bien du dŽbut des annŽes 70, si je ne me trompe ? Je reconnais dĠabord volontiers que, jusquĠici, les science studies se sont gardŽes comme de la peste de la position critique que vous leur demandez. Elles voulaient prendre leur distance avec lĠŽpistŽmologie des fondements, cĠest-ˆ-dire avec la prŽtention de fonder la science pour expliquer aux chercheurs ce quĠils faisaient sans le comprendreÉ Du coup, toute position normative a ŽtŽ ŽliminŽe pour prendre une position, disons, ÒnaturalisteÓ. Je suis dĠaccord Ñ on a ŽtŽ trop loin.

Maintenant, la question de la diffŽrence entre bonne et mauvaise objectivitŽ, bonne et mauvaise science, redevient passionnante. CĠest encore ˆ Isabelle Stengers que lĠon doit ce rappel et cet intŽrt nouveau. Mais il fallait dĠabord se dŽbarrasser de la tentation des fondements, si je peux dire, et surtout dŽcrire, dŽcrire, et encore dŽcrire ; quĠon sache enfin de premire main de combien dĠŽlŽments une science se compose. O en sommes-nous aujourdĠhui ? Je crois dĠabord que lĠon a su se dŽfaire de lĠidŽe saugrenue que le travail des philosophes consistait ˆ nettoyer le travail des scientifiques pour en extraire la rationalitŽ engluŽe dans la pratique quotidienne. Les scientifiques savent parfaitement ce quĠils font, il faut les suivre dans lĠŽtrangetŽ et parfois lĠirrationalitŽ de ce quĠils font, et non pas reconstruire ˆ lĠarrire-garde ce quĠils auraient dž penser. Ensuite, on est parvenu ˆ se dŽfaire de lĠidŽe, au fond protestante, que la seule critique possible des sciences, cĠŽtait de les dŽfaire des restes dĠidŽologie qui leur collaient ˆ la peau. Enfin, je crois que lĠon commence ˆ comprendre assez bien ce que veut dire le terme de constructivisme pour dŽcrire une position qui insiste sur le travail dĠŽlaboration, sur les risques pris, et comme vous le dites fort bien, sur lĠhistoire et ses rapides transformations. Maintenant la question dŽlicate est la suivante : ˆ quoi sert-il de dŽcrire de lĠextŽrieur la production des sciences, si nous ne sommes mme pas capables de faire ressortir une diffŽrence entre bonne et mauvaise objectivitŽ Ñ cĠest bien lˆ votre question ?

 

JMLL8 : Ë peu prs, mais je ne parlerais pas de ÒbonneÓ et de ÒmauvaiseÓ, ce qui ramnerait ˆ la question normative des critres dĠŽvaluation et de leurs fondements. Je dirais plut™t : comment stimuler (et pas seulement Ç faire ressortir une diffŽrence È) une recherche de lĠobjectivitŽ qui reste ouverte et fŽconde, et Žviter tant le rabattement sur une norme ŽpistŽmologique prŽ-Žtablie, que la rŽsignation ˆ une anomie conceptuelle.

 

BL : Eh bien, prenons ensemble cette direction, mais je vous prŽviens, ma rŽponse est plut™t hŽsitante. CĠest la question au fond, toujours aussi importante, posŽe par Lakatos ˆ la recherche de la diffŽrence entre programme de recherche fŽcond et stŽrile. DĠabord, on ne peut pas abandonner la question normative sous prŽtexte que nous donnons des sciences une description ÒnaturalisteÓ, je suis bien dĠaccord avec vous. On ne peut pas non plus revenir aux vieilles lunes de la ÒmŽthode scientifiqueÓ qui permettrait de distinguer a priori ce qui est scientifique de ce qui ne lĠest pas. Nous sommes dĠaccord aussi lˆ dessus. On ne peut pas non plus se contenter de faire le mŽnage en Žliminant les traces dĠidŽologie prŽsente dans le prŽtendu Ònoyau rationnelÓ des sciences. Enfin, on ne peut pas se contenter de la reconstruction rationnelle a posteriori. Il y aurait une solution constructiviste et empirique, qui consisterait ˆ dire : essayons de capter, dans la pratique scientifique, la diversitŽ des jugements proposŽs par les chercheurs pour distinguer les bons des mauvais faits, les bonnes des mauvaises thŽories. Cette solution serait dŽjˆ assez fŽconde, car il se trouve que tout chercheur possde une immense compŽtence pour distinguer les sujets intŽressants ou pas, chauds ou froids, banals ou triviaux, fŽconds ou stŽriles, etc. Il y a donc, ˆ la place de la distinction science/non science, une pratique extrmement riche et, si jĠose dire, un ÒnezÓ fort subtil qui permettrait dĠextraire de la pratique quotidienne des chercheurs, une normativitŽ en situation. Ce serait dŽjˆ un Žnorme progrs sur la prŽtendue mŽthode scientifique. CĠest largement ce quĠa fait, au tout dŽbut de la sociologie des sciences, Ludwik Fleck dans son livre pionnier, enfin traduit en franais. Mais jĠai peur que cela ne suffise pas et que vous mĠaccusiez de tourner autour du pot en refusant la confrontation ?

 

JMLL : Non, cette perspective mĠagrŽe, mais le problme est quĠelle reste abstraite. Voudriez-vous en donner au moins un exemple ?

 

BL : Une faon de la concrŽtiser, cĠest de nous brancher sur les controverses entre scientifiques sur ce qui fait ou non une bonne science. Cette fois-ci il ne sĠagit pas de recueillir la normativitŽ cachŽe, mais dĠaviver la multiplicitŽ des hŽsitations sur les ÒparadigmesÓ (et je partage vos rŽserves sur ce terme beaucoup trop utilisŽe). Prenons lĠexemple du livre stupŽfiant de Kupiek et Sonigo que vous avez publiŽ. Aucun critique de la thŽorie du gne, et Dieu sait quĠils nĠont pas manquŽ, ne peut avoir un effet plus dŽvastateur que ces deux praticiens de la biologie molŽculaire et du dŽveloppement. Aller montrer que dans le gne conu comme porteur dĠinformation, cĠest le Dieu dĠAristote qui sĠexprime ! Aller dŽmonter la ÒthŽologieÓ aristotŽlicienne de Jacques Monod ! ƒtendre le darwinisme jusque dans la cellule ! Il y a lˆ une Žnergie formidable dont lĠanalyste peut se servir, comme un pilote de planeur se sert des courants ascendants. En fait, il nĠy a jamais eu, dĠun c™tŽ, un corps de science unifiŽe et, de lĠautre, des critiques qui devraient choisir de se situer, soit ˆ lĠintŽrieur, soit ˆ lĠextŽrieur. Les sciences sont devenues un paysage trop contrastŽ, trop Žtendu, trop diffus aussi, trop lacunaire, pour permettre encore cette distinction. Et ces controverses internes se retrouvent dans toutes les disciplines si bien que le visiteur intŽressŽ peut parcourir les pages de Science, de La Recherche, de Nature et en tirer une vision du monde (ce nĠest pas le bon mot) compltement diffŽrente selon quĠil a choisi de pencher, pour donner un exemple, plut™t pour les robots darwiniens de Jerry Edelman, ou lĠŽvolutionisme de Stephen Jay Gould, ou la psychologie de Vygotsky, ou, en choisissant dans les mmes sciences, dĠautres ÒversionsÓ : le cerveau de Churchland, les gnes de Dawkins, la psychologie de Searle. Cela ne veut pas dire que lĠon peut choisir au hasard, mais que la Òmise en culture des sciencesÓ, jĠutilise votre terme, a pour effet de rapprocher la diversitŽ interne des mondes peints par les scientifiques, de la diversitŽ interne des mondes communs dans le reste de la culture.

 

JMLL : Que Ç le visiteur intŽressŽ È puisse apprŽcier la diversitŽ de lĠactivitŽ scientifique, donc leur nature profondŽment culturelle, je vous en donne acte. Mais comment faire pour quĠil y ait plus de visiteurs intŽressŽs qui osent entrer dans ce quĠils croient encore (ˆ tort) tre une tour dĠivoire ? Et je parle ici dĠintŽrt au sens non seulement intellectuel du mot, mais dĠabord matŽriel : ce qui se fait dans les laboratoires nous concerne tous, cĠest une Žvidence dŽsormais. Et une seconde question vient redoubler celle-lˆ : comment faire pour que les scientifiques eux-mmes sĠintŽressent plus ˆ la science ? Car si vous distinguez la richesse des paysages de lĠactivitŽ scientifique, en visiteur justement, vous savez bien que la plupart des chercheurs nĠont ni le temps ni la formation nŽcessaire, et que, comme le prophŽtisait Brecht ˆ la fin de sa Vie de GalilŽe, ils courent le risque de Ç devenir une race de nains inventifs ÈÉ Nous revenons donc ainsi ˆ la question qui sous-tend tout ce numŽro : suffit-il dĠinterprŽter le monde des sciences ? Ne serait-il pas temps de le transformer ?

 

BL : Je suis ˆ la fois dĠaccord et pas dĠaccord. Pas dĠaccord parce que nous souffrons dĠabord dĠune Žnorme faiblesse de descriptions. LĠimage des sciences repose toujours sur un rŽpertoire, une rhŽtorique qui date de deux ou parfois de trois sicles, si bien que le mme chercheur qui renouvelle son Žquipement tous les deux ans et ne cite aucun travail de plus de cinq ans en moyenne, parle de sa science et rŽdige ses articles avec des moyens rhŽtoriques qui datent de Voltaire ou, disons, dĠAuguste Comte ! Il y a lˆ un vrai problme qui tient au manque dĠalternatives dans la presse scientifique, dans les journaux, dans les manuels scolaires, etc. Donc, lˆ dessus, pas dĠaccord, il nous faut beaucoup plus dĠinterprŽtations, comme vous dites. Mais ensuite, je suis dĠaccord avec vous sur la nŽcessaire transformation, mais puisque vous faites allusion ˆ la cŽlbre phrase de Marx, il faut aussi se rappeler que les conditions dĠexercice de la pratique scientifique sont dŽjˆ transformŽes, et de fond en comble. JusquĠil y a quelques annŽes, les sciences se logeaient dans lĠŽpistŽmologie ; maintenant elles se logent clairement dans ce que jĠappelle, lĠŽpistŽmologie politique. CĠest lĠobjet de mon livre Politiques de la nature. Ds que lĠon sort les sciences du carcan de la thŽorie de la connaissance, et quĠon les prend pour ce quĠelles sont : une mobilisation dĠtres nouveaux avec lesquels il nous faut apprendre ˆ vivre et dont les chercheurs sont des porte-paroles plus ou moins reprŽsentatifs, tout change. Il ne sĠagit plus de mise en culture, de visite guidŽe, dĠintŽrt poli : il sĠagit de vie commune, de survie, de politique, mais par politique jĠentends aussi celle des non-humains. La question nĠest donc plus Ç Comment Žduquer les masses ? È, Ç  Comment Žtendre la culture scientifique ? È, Ç Comment cultiver les chercheurs ? È, mais de faon beaucoup plus impŽrative, urgente, pressante : Ç Comment faire pour combiner ce que Callon appelle Òla recherche confinŽeÓ et la Òrecherche de plein airÓ ? È. Ce qui est stupŽfiant, cĠest que la politique scientifique, qui Žtait une activitŽ un peu honteuse, en tous cas limitŽe aux bureaux du ministre de la recherche et aux stratges de quelques grandes bo”tes, soient devenue une prŽoccupation quotidienne qui mobilise aussi bien JosŽ BovŽ, que les associations de patients contre le sida, que le prŽsident Busch contre les donnŽes de la climatologie, que les fabricants de moteur DieselÉ QuĠest ce quĠune bonne science ? Voilˆ une question, jusquĠici limitŽe ˆ la diffŽrence science/non-science, qui est passŽe au cÏur de la vie publique. QuĠest-ce quĠun bon protocole ? QuĠest-ce quĠune bonne expŽrience ? QuĠest-ce quĠune bonne preuve publique ? Il y a lˆ de quoi renouveler tout notre appareil de recherche et redŽfinir de fond en comble ce quĠest une universitŽ. Donc je suis bien dĠaccord avec vous sur la transformation nŽcessaire, mais ˆ condition que lĠon se rende bien compte ˆ quel point les sciences sont devenues mŽconnaissables en trente ans, non seulement dans leur contenu, mais dans leur faon de se mler ˆ toute la vie publique. Or, nous en parlons encore comme sĠil sĠagissait dĠune forteresse isolŽe quelque part dans le paysage et comme sĠil fallait se dŽcider ˆ y rentrer ou ˆ en sortir ! Science ouverte, cĠest bien vous qui lĠavez proposŽ, non ?

 

RŽfŽrences

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