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IX. Politiques de la nature
Table des matières et premier chapitre

Politiques de la nature

Table des matières


Introduction : Que faire de l'écologie politique ?

Remerciements

Chapitre 1 : Pourquoi l'écologie politique ne saurait conserver la nature

D'abord, sortir de la Caverne

Crise écologique ou crise de l'objectivité ?

La fin de la nature

L'écueil des " représentations sociales" de la nature

Le fragile secours de l'anthropologie comparée

Conclusion : quel successeur pour le collectif à deux chambres ?

Annexe du chapitre 1

Chapitre 2 : Comment réunir le collectif

Difficultés pour convoquer le collectif

Premier partage : savoir douter de ses porte-parole

Deuxième partage   : les associations d'humains et de non-humains

Troisième partage entre humains et non humains : réalité et récalcitrance

Un collectif plus ou moins bien articulé

Conclusion : le retour à la paix civile

Chapitre 3 : Une nouvelle séparation des pouvoirs

Quelques inconvénients des notions de fait et de valeur

Prise en compte et définition


Les deux exigences contradictoires captives dans la notion de fait

Les deux exigences contradictoires captives dans la notion de valeur


Les deux pouvoirs de représentation du collectif

Vérification du cahier des charges

Conclusion : une nouvelle extériorité

Chapitre 4 : Les compétences du collectif

La troisième nature et la querelle des deux " écopos "

Contribution des corps de métiers à l'équipement des Chambres


La contribution des sciences

La contribution des politiques

La contribution des économistes

La contribution des moralistes

L'organisation du chantier


Le travail des Chambres


La réception par la Chambre Haute

La réception par la Chambre Basse


Conclusion : la maison commune, l'eikos

Chapitre 5 : L'exploration des mondes communs

Les deux flèches du temps

La trajectoire d'apprentissage

Le troisième pouvoir et la question de l'Etat

L'exercice de la diplomatie

Conclusion : guerre et paix des sciences

Conclusion : Que faire ? De l'écologie politique!

Glossaire

Bibliographie

Résumé de l'argument

(4° de couverture)

Politiques de la nature. Comment faire entrer les sciences en démocratie


Introduction: Que faire de l'écologie politique?


Que faire de l'écologie politique? Rien. Que faire? De l'écologie politique!

La première question, tous ceux qui ont espéré de la politique de la nature un renouvellement de la vie publique se la posent en constatant la stagnation, voire le recul, de tous les mouvements dits "verts", particulièrement en France. Ils voudraient bien savoir pourquoi la montagne a si souvent accouché d'une souris. A la seconde question, tout le monde, malgré les apparences, est obligé de donner la même réponse. Nous n'avons pas le choix puisque,il n'y a pas d'un côté la politique et de l'autre la nature: depuis l'invention du mot, toute politique s'est définie par son rapport à la nature dont tous les traits, toutes les propriétés, toutes les fonctions sont dirigés par la volonté polémique de limiter, de réformer, de fonder, de court-circuiter, d'éclairer la vie publique. Par conséquent, nous n'avons pas le choix de faire ou de ne pas faire de l'écologie politique, mais de le faire subrepticement, en distinguant les questions de nature et les questions de politique, ou explicitement, en les traitant conjointement, comme une seule question qui se pose à tous les collectifs*** –nous définirons au fur et à mesure ce terme en le faisant dévier de plus en plus du mot société*. Alors que les mouvements écologiques nous annoncent l'irruption de la nature en politique, il va nous falloir imaginer, le plus souvent avec eux et parfois contre eux, ce que pourrait être une politique enfin délivrée de la nature, cette épée de Damoclès.

Il existe déjà, objectera-t-on, une écologie politique. Elle a des nuances innombrables, depuis la plus profonde jusqu'à la plus superficielle, en passant par toutes les formes utopiques, raisonnables ou libérales. Quelles que soient les réserves qu'on puisse avoir à leur égard, tous ces courants ont déjà tissé mille liens entre la nature et la politique. C'est même ce dont ils se réclament tous: faire enfin la politique de la nature; modifier enfin la vie publique pour qu'elle prenne en compte la nature; adapter enfin notre système de production aux exigences de la nature; préserver enfin la nature contre les dégradations humaines par une politique mesurée et durable. Bref, sous des formes multiples, souvent vagues, parfois contradictoires, il s'agit bien déjà de faire entrer le souci de la nature dans la vie politique. Comment pourrions-nous prétendre qu'il y a là une tâche nouvelle qui n'aurait pas encore commencée? On peut en discuter l'utilité, chipoter sur ses applications, on ne peut pas faire comme si elle n'était pas largement entamée; comme si elle n'était pas en grande partie achevée. Si l'écologie politique a tourné à l'échec, ce n'est pas faute d'avoir essayé d'acclimater la nature dans la vie publique. Si elle perd de son influence, c'est tout simplement, diront les uns, parce qu'elle a contre elle de trop puissants intérêts; parce que, diront les autres, elle n'a jamais eu assez de substance pour rivaliser avec la politique de toujours. Il est trop tard en tous cas, pour reprendre la question à nouveaux frais. Il convient soit dÔenterrer le mouvement pour qu'il rejoigne le cimetière des idéologies du siècle –cimetière il est vrai assez fourni–, soit de se battre encore plus courageusement pour le faire triompher tel qu'il est. Dans les deux cas, les jeux sont faits, les concepts repérés, les positions connues. Vous arrivez trop tard dans un débat trop figé. On a fini de penser. Il fallait vous agiter il y a dix ans.

Nous voulons dans ce livre proposer une hypothèse différente qui nous fera peut-être pardonner d'intervenir à contre-temps. Du point de vue conceptuel, l'écologie politique n'a pas encore commencé d'exister; on a simplement conjoint les deux mots "d'écologie" et de "politique", sans en repenser les composants de fond en comble; par conséquent, les épreuves qu'ont subies jusqu'ici les mouvements écologiques ne prouvent rien, ni sur leurs échecs passés, ni sur leurs succès possibles. La raison de ce retard est très simple. On a cru beaucoup trop vite qu'il suffisait de réemployer tels quels les anciens concepts de nature et de politique, pour établir les droits et les manières d'une écologie politique. Or, eikos, logos, phusis et polis restent de véritables énigmes tant qu'on ne remet pas à la fois les quatre concepts en jeu. On a cru pouvoir faire l'économie de ce travail conceptuel, sans s'apercevoir que les notions de nature et de politique avait été dessinées, au cours des siècles, pour rendre impossible tout rapprochement, toute synthèse, toute combinaison entre les deux termes. Chose encore plus grave, on a prétendu, dans l'enthousiasme d'une vision oecuménique, "dépasser" l'antique distinction des humains et des choses, des sujets de droit et des objets de science, sans voir qu'ils avaient été façonnés, profilés, sculptés, pour devenir peu à peu incompatibles. Bien loin de "dépasser" les dichotomies de l'homme et de la nature, du sujet et de l'objet, des systèmes de production et de l'environnement, afin de trouver le plus rapidement possible des remèdes à la crise, il fallait au contraire ralentir le mouvement, prendre son temps, le suspendre, puis descendre en dessous de ces dichotomies pour creuser comme la vieille taupe. Telle est du moins notre argument. Au lieu de trancher le noeud gordien, nous allons l'ébranler de mille manières jusqu'à ce qu'on puisse y faufiler une épissoire, en dénouer quelque brins afin de les renouer autrement. En matière de philosophie politique de la science, il faut prendre son temps afin de ne pas en perdre. Les écologistes se sont un peu trop vantés lorsqu'ils ont émis leur slogan : " act locally, think globally ". En fait de global, aucune autre pensée ne leur est venue que cette nature déjà composée, déjà totalisée, déjà instituée pour neutraliser la politique. Pour penser " globalement " il fallait commencer par découvrir les institutions grâce auxquelles se forme lentement la globalité. Or, la nature, comme nous allons nous en apercevoir, s'y prête aussi mal que possible.

Oui, nous allons dans ce livre avancer comme la tortue de la fable, et comme elle, du moins nous l'espérons, nous finirons par dépasser le lièvre qui avait décidé, dans sa grande sagesse, que l'écologie politique était une question dépassée, enterrée, incapable de faire penser, de refonder la morale, l'épistémologie et la démocratie ou qui prétendait, en trois sauts, " réconcilier l'homme et la nature ". Pour nous forcer à ralentir, nous allons nous intéresser successivement aux sciences, aux natures et aux politiques.

La production scientifique, telle est la première chicane que nous allons trouver sur notre chemin. L'écologie politique porte, dit-on, sur "la nature dans ses liens avec la société". Fort bien. Mais cette nature devient connaissable par l'intermédiaire des sciences; elle s'est formée à travers des réseaux d'instruments; elle se définit par le truchement de professions, de disciplines, de protocoles; elle est distribuée dans des bases de données; elle est argumentée par la médiation de sociétés savantes. L'écologie, comme son nom l'indique, n'a évidemment pas accès directement à la nature telle qu'elle est; c'est une "logie" comme toutes les disciplines scientifiques. Sous le nom de sciences, on trouve donc déjà un mélange assez complexe de preuves et de travailleurs de la preuve, une Cité savante qui agit en tiers dans toutes les relations avec la société. Or ce tiers, les mouvements écologiques ont cherché à le court-circuiter afin, justement, d'accélérer leurs progrès militants. La science reste pour eux un miroir du monde, au point que l'on peut presque toujours, dans leur littérature, prendre nature et science pour des synonymes. Nous faisons l'hypothèse, au contraire, qu'il faut remettre l'énigme de la production scientifique au coeur de l'écologie politique. On ralentira peut-être l'acquisition des certitudes qui devaient servir de levier au combat politique, mais on inclura, entre la nature et la société, un troisième terme dont le rôle va s'avérer capital.

La nature, tel est le deuxième ralentisseur que l'écologie politique va trouver sur sa route. Comment la nature, objectera-t-on, pourrait-elle gêner un ensemble de disciplines savantes et militantes qui portent sur la façon de la protéger, de la respecter, de la défendre, de l'insérer dans le jeu politique, d'en faire un objet esthétique, un sujet de droit, en tous cas un souci? C'est justement là que le bât blesse. A chaque fois que l'on cherche à mélanger les faits scientifiques et les valeurs esthétiques, politiques, économiques et morales, on se trouve en porte à faux. Si l'on donne trop aux faits, l'humain tout entier bascule dans l'objectivité, devient une chose comptable et calculable, un bilan énergétique, une espèce parmi d'autres. Si l'on donne trop aux valeurs, la nature entière bascule dans le mythe incertain, dans la poésie, dans le romantisme; tout devient âme et esprit. Si l'on mélange les faits et les valeurs, on va de mal en pis, puisqu'on se prive à la fois de la connaissance autonome et de la morale indépendante. On ne saura jamais, par exemple, si les prévisions apocalyptiques dont les militants écologiques nous menacent si souvent cachent le pouvoir des savants sur les politiques ou la domination des politiques sur les pauvres savants. Ce livre fait l'hypothèse que l'écologie politique ne porte pas du tout sur "la nature", ce mélange de politique grecque, de cartésianisme français et de parcs américains. Disons-le brutalement: avec la nature, il n'y a rien à faire. Bien plus, à aucun moment de sa brêve histoire, l'écologie politique n'a porté sur la nature, sur sa défense, sur sa protection. Comme nous allons le montrer dans le premier chapitre, croire qu'elle s'intéresse à la nature telle est la maladie infantile de l'écologie politique, ce qui l'empêche de sortir de son impuissance en comprenant enfin sa pratique. Nous espérons que ce sevrage, même s'il paraît quelque peu brutal, aura des effets plus favorables que le maintien forcé de la notion de nature comme unique objet de l'écologie politique.

Le troisième obstacle, le plus troublant, le plus discuté, vient évidemment de la politique. On connait la différence entre l'écologie scientifique et l'écologie politique, entre l'écologue et l'écologiste militant. On sait aussi la difficulté que les mouvements écologiques ont toujours eu pour se situer sur l'échiquier politique. A droite? A gauche? A l'extrème droite? A l'extrème gauche? Ni de droite, ni de gauche? Ailleurs, dans l'administration? Nulle part, dans l'utopie? Au dessus, dans la technocratie? En dessous, dans le retour aux sources? Au delà, dans la pleine réalisation de soi ? Partout, comme dans la belle hypothèse Gaïa ? Il peut y avoir, par exemple, une science de Gaïa, un culte de Gaia, mais peut-il y avoir une politique de Gaia? Si l'on en vient à défendre la Terre-mère, est-ce encore de la politique? Et si c'est pour mettre fin aux nuisances, fermer les décharges municipales, réduire le bruit des pots d'échappement, ce n'était vraiment pas la peine de remuer ciel et terre: un département ministériel y aurait bien suffi. Notre hypothèse est que l'on a voulu, là encore, mettre la charrue avant les boeufs, et se placer sur l'échiquier politique sans en redessiner les cases, sans en redéfinir les règles, sans en remodeler les pions. Rien ne prouve en effet que la répartition des tâches entre la politique humaine et la science des choses, entre les exigences de la liberté et les pouvoirs de la nécessité, puisse être utilisée telle qu'elle afin d'abriter l'écologie politique. Peut-être faut-il même aller jusqu'à faire l'hypothèse que l'on n'a jamais défini la liberté politique des humains sinon pour l'entraver par les lois de la nécessité naturelle. On aurait rendu la démocratie volontairement impotente. L'homme est né libre, partout il est dans les fers; le contrat social prétend l'émanciper; l'écologie politique seule le peut, mais ce n'est pas de l'homme libre qu'elle peut attendre le salut. Obligée pour se trouver une niche de redéfinir la politique et la science, la liberté et la nécessité, l'humain et l'inhumain, l'écologie politique a perdu courage en chemin. Elle a cru pouvoir s'appuyer sur la nature pour accélérer la démocratie. Les deux lui manque aujourd'hui. Il faut reprendre la tâche par un détour plus long, plus périlleux aussi.

De quelle autorité disposons-nous pour faire subir à l'écologie politique, ces trois épreuves de la production scientifique, de l'abandon de la nature et de la redéfinition du politique? L'auteur et ceux dont il s'inspire sont-ils militants écologistes? Non. Des écologues reconnus? Non plus. Des politiques influents, alors? Pas davantage. Si nous pouvions exciper d'une autorité quelconque, le lecteur gagnerait du temps, nous le comprenons bien : il pourrait faire confiance. Mais il ne s'agit pas de gagner du temps, d'aller plus vite, de synthétiser des masses de données, de résoudre rapidement les problèmes urgents, de prévenir par une action foudroyante la survenue de cataclysmes également foudroyants. Il ne s'agit même pas, grâce à une érudition méticuleuse, de rendre justice aux penseurs de l'écologie. Dans ce livre, il s'agit tout simplement de se redemander pour soi-même –peut-être pour soi seul– ce que la nature, la science et la politique ont à faire ensemble. La faiblesse, il nous semble, peut mener plus loin que la force.

Si nous n'avons pas d'autorité propre, nous bénéficions pourtant d'un avantage particulier et c'est lui seul qui nous autorise à entrer en relation avec le lecteur: nous nous intéressons exactement autant à la production scientifique qu'à la production politique. Ou plutôt, nous admirons autant les politiques que les scientifiques. Que le lecteur y songe, ce n'est pas si fréquent. Notre absence d'autorité offre justement la garantie que nous n'utiliserons pas la science pour asservir la politique, ni la politique pour asservir la science. Ce minuscule avantage, nous prétendons le tourner en atout maître. A la question posée –que faire de l'écologie politique?– nous n'avons pas encore de réponse définitive. Nous savons seulement que si l'on n'essayait pas de modifier les termes du débat en renouant à nouveau le noeud Gordien des sciences et des politiques, l'expérience en vraie grandeur ne saurait rien prouver, ni dans un sens, ni dans l'autre. Elle aura toujours manqué d'un protocole adapté, et l'on s'en voudrait toujours d'avoir laissé passer la chance que l'écologie nous offrait peut-être de redéfinir la politique.

Ajoutons une dernière contrainte à laquelle nous avons souhaiter nous soumettre. Bien que nous devions remettre sur le métier les trois notions conjointes de nature, de politique et de science, nous n'avons choisi d'utiliser ni le ton de la dénoncation, ni le ton prophétique qui accompagnent souvent les travaux d'écologie politique. S'il va nous falloir en passer par une succession d'hypothèses chacune plus étrange que la précédente, c'est néammoins le sens commun* que nous voulons avant tout refléter. Il se trouve que le plus souvent il s'oppose pour l'instant au bon sens, et que pour faire vite il faille aller lentement, que pour faire simple nous devions donner provisoirement l'apparence de la radicalité. Notre but n'est donc pas de renverser l'ordre établi des concepts mais de décrire l'état actuel : l'écologie politique fait déjà en pratique tout ce que nous affirmons qu'elle doit faire. Nous faisons simplement le pari que les urgences de l'action l'ont empéchée jusqu'ici de situer l'originalité exacte de ce qu'elle accomplissait à tâtons. Le seul service que nous puissions lui rendre, c'est de lui proposer une autre interprétation d'elle-même, un autre sens commun, afin qu'elle essaie de voir si elle ne s'y trouverait pas plus à l'aise. Jusqu'ici, d'aprés nous, les philosophes n'ont fait pour la politique de la nature que du prêt-à-porter. Nous croyons qu'elle mérite du sur mesure: peut-être s'en trouvera-t-elle moins génée aux entournures.

Inutile de le dissimuler: ce livre, malgré tous nos efforts, demeure très ardu. Faute d'avoir pu rendre facile le fond de l'argument, nous l'avons organisé méticuleusement de telle sorte que le lecteur sache toujours les difficultés qui l'attendent –en plus du glossaire, nous avons d'ailleurs rédigé à la fin un récapitulatif d'ensemble qui pourra servir, en quelque sorte, "d'antisèche"...

Dans le chapitre 1, nous allons nous défaire de la notion de nature en utilisant successivement les apports de la sociologie des sciences, de la pratique des mouvements écologiques (distinguée de leur philosophie) et de l'anthropologie comparée. L'écologie politique, on le verra, ne saurait conserver la nature car cela reviendrait à imaginer un corps politique coupé en deux. Dans le chapitre 2, nous allons procéder à un échange de propriétés entre les humains et les non-humains*, qui nous permettra, sous le nom de collectif, d'imaginer un successeur aux institutions politiques malencontreusement assemblées jusqu'ici sous l'égide de la nature. Ce collectif nouveau nous permettra, dans le chapitre 3, de procéder à la transformation d'une vénérable distinction, celle des faits et des valeurs, en la remplaçant par une nouvelle séparation des pouvoirs qui nous offrira de meilleurs garanties morales. C'est la distinction entre deux nouvelles assemblées, dont la première se demandera " combien sommes-nous d'entités à prendre en compte ? " et la seconde " pouvons-nous vivre ensemble ? " qui va servira de Constitution à l'écologie politique. Dans le chapitre 4, le lecteur sera récompensé de ses efforts par une " visite guidée " des nouvelles institutions et par une présentation des nouveaux métiers qui contribuent à l'animation d'un corps politique devenu enfin viable. Les difficultés recommenceront au chapitre 5, où nous serons obligés de trouver un successeur à l'ancien partage de la nature –au singulier– et des cultures –au pluriel–, afin de poser à nouveau la question du nombre de collectifs et de la composition progressive du monde commun* que la notion de nature avait prématurément simplifié. Enfin, dans la conclusion, nous nous interrogerons sur le cadre de référence qui permet à l'écologie politique de se dire de "gauche" ou de "droite"xx. Devant le spectacle embrassé tout au long, le lecteur comprendra peut-être pourquoi l'on n'a pas cru nécessaire de pimenter le voyage par aucune distraction supplémentaire.

Avant de clore cette introduction, nous devons définir l'usage particulier que nous allons faire de ce terme clef d'écologie politique*. Nous savons bien qu'il est d'usage de distinguer l'écologie scientifique de l'écologie politique, la première se pratiquant dans les laboratoires et les expéditions sur le terrain, la seconde dans les mouvements militants et au Parlement. Mais comme nous allons retravailler de fond en comble la distinction même des deux termes de science et de politique, on comprendra que nous ne puissions prendre pour argent comptant une distinction qui va devenir intenable au cours des chapitres. Au bout de quelque pages, de toutes façons, peu nous importera de différencier ceux qui veulent connaître les écosystèmes, défendre l'environnement, protéger la nature ou régénérer la vie publique, puisque nous allons apprendre à distinguer plutôt la composition du monde commun qui se fait "dans les formes" de celle qui se fait hors de toute procédure réglée. Nous sommes bien conscients que le terme de Ôpolitical ecology' ne représente, dans les pays de langue anglaise, que l'une des chapelles du mouvement Vert et nullement ce qui permettrait de les rassembler toutes. Pour l'instant, nous conservons le terme d'écologie politique qui reste un emblème énigmatique nous permettant de désigner, sans la définir trop rapidement, la bonne façon de composer un monde commun, ce que les Grecs nommaient un cosmos*.



IX. Politiques de la nature